« L’impro, c’est bien ».

Oui… Enfin… Bon… Le problème, c’est le  » c’ « .

Parce que si nous, de la maison Spontanos et cie, nous faisons une idée de la richesse que recèle l’impro (et encore, pas toujours…), pour le public, c’est très clair, l’impro c’est court, c’est drôle, c’est énergique.

Pour reprendre une boutade synthétique d’un comédien : « L’impro, c’est surtout du cul et des animaux. » Merci pour cet éloge express à Thalie, Polymnie et Melpomène. Éloge un peu funèbre, quand même…

Peut-être serait-il temps de permettre de considérer l’improvisation pour ce qu’elle est? Une discipline vaste, qui s’élargit de jour en jour, avec des recoins, des espaces et des portes. Et, donc, de considérer que, s’il y a des réalités si diverses derrière l’impro, il est temps de trouver des noms à ces réalités. Pour que ces réalités soient perçues par le public également. Ce qui n’a pas de nom est difficile à penser.

Qui d’entre nous ne s’est pas retrouvé, à la sortie d’un spectacle « d’impro » avec un propos, ou une pièce improvisée, avec des spectateurs mi-déçus, mi-craintifs de passer pour des idiots dire « En fait, je ne me m’attendais pas trop à ça… Enfin, c’était bien mais euh… C’était pas comme l’impro de d’habitude. » ? Et les protagonistes du spectacles de comprendre que ces gens là venaient pour rire un bon coup dans une ambiance survoltée et se sont retrouvés dans une pièce ciselée à l’humour doux-amer d’un film de Jaoui-Bacri…

Alors, on peut dire qu’il faudrait que les gens lisent mieux les descriptifs de spectacles, mais on ne peut pas non plus leur en vouloir d’avoir des attentes décalées quand notre argument principal est que « C’est un spectacle d’impro. »

Connaissez vous un primeur qui marque juste « Fruit » sur toutes les étiquettes? Ou un concert qui se vend en disant « C’est un spectacle de musique. Venez, ça va être bien. » ?

Non.

Normalement, l’organisation annonce de quel type de musique il s’agit. Ou le public posera la question, et l’organisation est prête à y répondre. Mais le fait de poser la question, ou de comprendre la réponse suppose déjà une culture musicale.

Aujourd’hui, en 2020, « l’impro » n’est pas encore vraiment grand public et n’a pas, a fortiori un large public, cultivé à son sujet. Et il peut être un peu abusif de notre part de dire au public « Bah, fallait vous renseigner quoi! », alors que bon nombre d’improvisateurs-trices auraient encore du mal à expliquer la différence entre un format narratif ou un format relationnel, que les mots « organique », « slow », ou « impulsion » sont encore aussi abscons que récents de ce côté de l’altantique ou que 95% des propositions sont composées d’impro drôles-courtes-énergiques.

Une des clés pourrait, peut-être, être de considérer l’improvisation pour ce qu’elle est. (Oui, je sais, je me répète.) Et pas plus. Un des arts auxquels on peut faire appel pour composer un spectacle. Et, en conséquence, que ce ne soit pas l’argument principal de la com’.

D’ailleurs, je donnerais bien en exemple cette affiche de Fushigi. Où il faut attendre la lecture proche pour comprendre qu’il s’agit d’improvisation mais qui accroche d’abord par le style Miyazaki, qui est bien sa caractéristique principale.

Ainsi, quand je retourne voir Fushigi, ce qui m’importe c’est que je vais voir un Miyazaki que je n’ai encore jamais vu. Et c’est un spectacle improvisé mais pas que, loin de là.

A l’inverse prenons cette affiche, à laquelle Ian Parizot n’est pas non plus étranger…

Elle vient à la fois confirmer et utiliser ce dont je parlais précédemment. C’est un spectacle de scènes courtes et punchy. Le mot impro est le seul argument.

Notre com’ c’est notre manière d’éduquer l’audience à ce qu’elle vient voir. Par les symboles, les visuels et les mots employés.

Et les mots, parlons en…

Quel est le nom ou l’adjectif que vous accolez à un spectacle composé d’improvisation courte et punchy? Cabaret? Shortform?

Oui mais voilà, je joue dans 2A2, un spectacle basé sur des improvisations courtes mais pas forcément punchy, plus axées sur les sentiments et les relations. Est-ce que c’est du shortform?

Et si c’est punchy mais long? C’est …? (Fatiguant?)

Loin de moi l’idée de tout saucissonner ou de tout vouloir mettre dans des cases, nous sommes dans le domaine de la création et il y a toujours des zones grises, des intermédiaires. Mais ne pourraient-on pas envisager un brin de nomenclature…?

Un tentative de nomenclature dans cet article… (Parce que celui-là était déjà suffisamment long!)

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