Il y a peu, le décrochage me paraissait propre au théâtre d’impro mais maintenant, j’aurais tendance à élargir à toutes les situations dans lesquelles on endosse un personnage tout en gérant la situation d’une manière spontanée. Mes plus mémorables décrochages ont, sans doute, eu lieu lors de ma courte carrière de prof de bio, en fait… Et les décrochages des journalistes font les choux gras des bêtisiers. Quant à ceux des médecins, ils peuvent s’avérer très gênants pour eux…Donc dans le fond, il n’y a pas que les comédien-nes conventionnel-les qui peuvent décrocher.
Décrocher, c’est porter sur son personnage ou sur la situation le regard qu’on aurait soi-même. En fait, ça ressemble fort à une dissociation. L’espace d’un instant, au lieu d’avoir en tête les préoccupations et les réactions du personnage, on se transporte à l’extérieur de tout ça et on y jette un œil différent. Et boum : Recadrage !
Et on rigole. 
Alors des solutions, il n’y en a pas 36 : Se remettre dedans. Comme quand on émerge après un moment de relaxation. Se recentrer sur son corps et sur les évènements extérieurs. D’ailleurs, n’utilise-t-on pas, parfois le terme de décentrage/décentralisation pour parler de la dissociation?
Dans mon cas, je me centre sur mon visage/masque et tache de le figer. Je ferme ma bouche, je colle la langue au palais et je fais tout ce que je peux pour ré-imaginer le décor autour de moi

Le mieux c’est sans doute encore d’éviter d’être en passe de décrocher et donc éviter de se retrouver en situation de vivre ce recadrage par rapport à soi-même.
En clair, je pense qu’il y a un travail nécessaire d’indignité à faire. Travailler, volontairement ou non, sur l’image qu’on a de soi-même. Se rendre compte qu’on est capable de  » faire une chose pareille ! « . ça touche au développement personnel et c’est peut-être le truc le plus facile…

Ensuite, il y a à saisir, voir, entendre le fait que, l’agissant dans l’histoire c’est le personnage et pas le-la comédien-ne. Qu’on se glisse dans un costume et qu’il peut faire beaucoup de choses sans que ça porte atteinte à cel-lui qui est en dessous. Avez-vous remarqué comme les gens changent d’un coup de comportement quand ils mettent puis enlève un nez de clown ? Comme si le nez renfermait un pouvoir magique qui transforme celui qui le met…Le nez, c’est…euh…super personniphore (Oui…Comme je suis inculte, j’invente des mots quand je connais pas celui qui veut dire ce que je veut dire.). ça amène un personnage tout autour du-de la comédien-ne et ça l’habille. Mais sans aller chercher dans les nez de clown, dans la vie de tout les jours,  » Elegance is an attitude  » mais c’est étrangement plus facile d’avoir une attitude élégante quand on est en smoking ou en robe de soirée…
Et bien, il faudrait arriver à ça, mais sans le nez de clown ou la robe de soirée.

Et pourtant…Arrivé à ce point…Je me dis…Pourquoi  » il faudrait  » ? Pourquoi vouloir éradiquer les décrochages ?
OK, quelqu’un qui pouffe au point de sortir de scène, ça peut être génant. Mais si ça ne nuit pas au plaisir qu’on a à regarder la scène, quel mal y a-t-il à rire… ?
Quand je dis ça, je pense aux pro Genevois-es. Parce que, je suis persuadé de leurs compétences et de leur maîtrise et pourtant  la mythique Despriet ne le serait pas tant sans ses légendaires décrochages ! So what…?
Vouloir à tout prix éviter le décrochage, c’est sans doute passer à côté de quelque chose…
Serait-ce une question d’amusement..?
L’amusement, un des 10 piliers de l’impro définis par Christophe Tournier. Le fait de ne pas se prendre trop au sérieux (quand je parlais de travailler son indignité…) ou pour le moins de ne pas confondre sérieux et gravité.
C’est sans doute cela.
La légèreté qui transparaît, une légèreté de surface mais réelle, révélant l’humain amusé sous le vernis de la technicité, c’est à la fois très rassurant et très attachant. Et ces comédien-ne-s, je ne leur en veut pas. Au contraire, je me sens proche d’eux-lles car, bien qu’il-le-s soient d’un très haut niveau, il-le-s me paraissent accessibles.  » Si les acteurs s’amusent, alors le public adore  » dit le même monsieur Tournier.
Alors finalement…décrocher…c’est peut-être aussi très professionnel…

Biblio et pistes de réflexion:

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